Sus à la BOBODiOUFiSATiON de ma maison (éditruc #3)

 

N’ayons pas peur des mots : ils ne mordent pas, ne griffent pas, n’injurient personne de leur seule autorité, le mot “feu“ ne brule pas. Même si le mot porte en lui une image ou une idée ou une force celle-ci n’est en général que la résultante de l’intensité de la foi activée du sujet sur qui le mot agit.

N’ayons pas peur du mot idéologie qu’il soit entendu comme science des idées, ensemble de pensées plus ou moins philosophiques ou interprétation du monde, il calibre et oriente la faculté de penser ou la façon de penser qui toutes deux conditionnent la façon d’agir, de produire, de grandir. Ce mot « idéologie », que le YALI  d’OBAMA (et de la CIA) semble vouloir gommer de l’imaginaire et de l’environnement des idées en Afrique, pour lui préférer le « pragmatisme », n’est pas un vain mot. C’est même plutôt ce pragmatisme qui lui est in situ vain : parce que inopérant, puisque précoce.

Toute querelle sur le panafricanisme (par exemple) est donc d’abord idéologique. Avant d’être un affrontement de personnes (s’il est besoin), le combat des idées, des méthodologies ou des mémoires. Dans le numéro deux, du présent bulletin (LIEN), la contribution sur le panafricanisme, via l’exégèse de J.E. BITANG des travaux et pensées de NKRUMAH, nous/vous a édifié sur ce vieux combat entre deux approches pourtant fille d’une convergence dans les finalités : l’approche “négationniste“ (qui condamne un autrui sans nuance et globalisé : complotiste !) opposée à l’approche “positive“ (qui travaille à construire une Afrique reconquérant l’initiative historique : culturelle !). D’un coté du ring : URPANAF, Afrique Média et séides “négrosuprématistes“. De l’Autre : Nous et d’autres : les « afroptimistes », « Afrocentricity International » (malgré quelques travers), « VoxAfrica », les chevaliers de la Renaissance, « A+ » tv, les « Ateliers de la Pensée », tous ces universitaires africains inaudibles, organisateurs de colloques pour initiés qui n’intègrent pas encore qu’une armée de charismatiques charmeurs est en train de prendre le pouvoir et gagner la bataille non pas de l’idée mais celle du piaillement et la privatisation du mot « peuple » pour satisfaire leur « révolution » chèvre.

Permettez-moi de critiquer les APE (moi aussi, un bout de temps !), non contents de freiner notre chétif tissu industriel voilà qu’ils nous envoient à recycler leurs délinquants. Puis permettez-moi de dire une part de tout le dédain que j’éprouve pour Afrique média. Je n’ai jamais aimé cette chaine. Hier mes amis étaient contre moi aujourd’hui je n’ai pas eu besoin de les convaincre, ils se sont ralliés. Pourquoi je ne l’aime pas : parce que ni la tricherie, ni la vacuité ne doivent forger les consciences des personnes fragiles. Cette chaine « négationniste » dispose définitivement de moins de mémoire qu’un chien, d’honneur qu’une prostituée et d’ajustement interne qu’un politicien en Afrique centrale. Charlatanesque, elle est sans cohérence. Que j’illustre : voilà donc le débat sur le FCFA, son cheval de bataille. Voilà tous nos chefs d’État qu’elle asperge avec plus d’encens qu’un dévot zélé. Parmi tous ces présidents, déresponsabilisés au détriment de la seule et unique France, érigés en esthètes de la cause africaine, combien refusent la simple libre circulation sous régionale, prétextant que celle-ci avait été pensée pour des publics restreints ! Devons-nous tous donc devenir “fonctionnaires“ ? Où est ce panafricanisme là, sinon une idée pour amuser la gabegie. Point de bavardage inutile, il a fallu une seule rencontre Kagamé-Talon pour plus de résultats que les panafricanistes à la sauvette en matière de libre-circulation : moins de discours, plus de politique (nous y reviendrons). Ils sont où tous ces présidents qui discourent de la réforme du FCFA, saluent monsieur SEBA, mais ne sortent pas de l’accord colonialiste ? C’est que la vérité des rapports de force géopolitiques, ils la connaissent, ils les connaissent mais nous enfument. Communication diffère de Politique or politique égale décision. Afrique média est sur le satellite, se/me/nous vend et expose au monde une image de mon continent désastreuse. Elle se dit chaine panafricaine mais mobilise moins de pluralité d’opinions que KTO ou XXL, c’est Emmanuel TV ; on n’y parle pas, ils crient, conscients que la propagande exotique nous a longtemps limités au “simiesque“ ; on n’y présente pas d’analyses méthodiques et référencées non ça c’est bon quand elle copie et colle les pirateries documentaires de France 2, Ô ou Canal+ ; pourquoi se contentent-ils au quotidien d’essentialiser des faits divers ? Je ne continue pas, il y a pire. Je conclue : Vade retro ! La désinformation doit se diriger contre nos adversaires et non pour nous vendre une propagande inintelligente et squelettique à propos de notre impuissance collective contre les hégémonies occidentales et leur impérialisme violent. Sachons au passage que la géoéconomie (ou sciences connexes) : complexe n’est pas une science accessible sans discipline éprouvée par des pairs. Je dis. Si demain, ils se décident à projeter du film d’auteur ou se convainquent de dispenser des formations cinématographiques à des jeunes chercheurs (philo, socio, psycho, …) anthropologues, j’essuierai ma bouche : nos villages sont distraits et leurs richesses biologiques avec, ils se meurent et dans leur déclin les patrimoines immatériels se perdent, brulés par les vieux (ishango, fractales, nombre d’or, altération bwiti de conscience), dont nombre “d’académiciens“ aptes à discourir de corpus quantiques, tant qu’on ne les limite pas aux formules de NEWTON. Les proclamations en ville n’atteignent pas les villages. Ceux qui disent aimer l’Afrique doivent prioritairement s’obliger à aller y appliquer leur savoir-faire d’abord par le rêve ensuite par le triomphe de la volonté. Si demain ils…, disais-je, j’essuierai ma bouche. Pour l’heure, laissez-y l’huile grasse, c’est la sève de la bonne chair de phacochère, aromatisée d’épices du terroir.

Mais… Mais… ne l’accablons pas trop et seule, en dansant lascive devant ces sponsors, elle remplit un vide que les bienpensants et les savants timorés refusent de remplir. Là où il y a le vide, la nature n’a-t-elle pas l’habitude de rappeler que sans l’action et la volonté de l’Homme, l’entropie s’installe ?

Écoutant les cris des « négationnistes », l’observateur mondialiste non averti pourrait conclure avec cette stupide sentence « l’Afrique noire est mal partie ». Hélas, partir impose la prise de conscience directe, la préparation froide d’une armée réfléchie puis la décision irrévocable. L’Afrique n’est (heureusement) jamais partie, elle se prépare mais avec les négationnistes au pouvoir : mal ! En effet, si idéologiquement, libéral, démocrate et bantou (plus qu’égyptianisant) mon appel contre les négationnistes et leur folie vindicative se fait braillard, c’est que je souhaiterais : suiveur de la « positive » que nous puissions trouver chacun individuellement, un instant de repos, de repli (sur soi seul) et de calme pour la méditation personnelle et des travaux philosophiques. Semer sur le temps long. Discerner dans l’idéal de renaissance africaine (LIEN) la part à dégrossir pour raffiner le reste. Les disciples de la « positive » ont leurs défauts : ils parlent à la tête, fabriquent l’intellect, calibrent leur ire pour, sans consternation ni catastrophisme, préparer le rite à exécuter sur la bonne terre, avec la bonne semence, mais ils parlent bas et se refusent au pugilat médiatique. Nous espérons que ces lignes les inciteront à repenser leur position. L’heure est grave !

Si les charlatans nous présentent des solutions apotropaïques, comme celles des églises de réveil, et que ces négationnistes font de leurs fidèles des prosélytes, à grand renfort de rhétorique amphigourique (voilà que j’imite leur langage) (LIEN), c’est qu’il y a quelque chose qui est “cassé“ « en nous », quelque chose dont les morceaux doivent être, au mieux, recollés autrement qu’à l’église ou la mosquée… AU VILLAGE !

Si vous n’aimez pas la route sur laquelle vous marchez, construisez-en une autre !
Ne vous contentez pas de dire “il faut quitter la route“, construisez-en une autre !
Non pas “il n’y a qu’à construire une autre route“, construisez-en une autre !
Ou, “il suffit de ne plus marcher sur cette route“, construisez-en une autre !
SANKARA disait de ne pas que prononcer le nom du médicament, il faut le prendre. Construire une autre route !

Dans le monde 3.0, ni la physique, ni les mathématiques ne se soumettent à la seule prière parlée ou chantée. La recherche esthétique, le travail concerté, l’analyse transactionnelle se sont depuis longtemps émancipés de la morale. Nous aurions aimé interviewer dans ce numéro Zack MWEKASSA : un pan de son histoire personnelle (le bon combat, contre Pat Barry) illustre le combat idéologique qui nous oppose aux négationnistes. Heureusement, si le destin en a décidé autrement, ceux qui savent lire en français peuvent chercher dans « Jeune Afrique » (ils ont eu plus de chance que nous).

Pour ce numéro, nous avons choisi de prendre l’imaginaire comme fil rouge. Survoler les puissances éternelles de l’imagination. Le langage de l’Esprit par son feu. Et si « l’Afrique doit s’unir » et que l’Afrique ne possède pas un imaginaire collectif au moins pouvons-nous inciter : les poètes, les ethnologues, les idéologues et tous ceux qui se sentent capables d’assumer cette tâche (F. SARR et ses alliés), à penser une utopie pour l’Afrique, un futur aussi désirable que réalisable qui hybride l’adinkra et le Smartphone. Parce que « Afrique » est la Nation que nous nous devons de construire, bantous et au-delà : d’où le quidam comprendra pourquoi cette affaire de libre-circulation et de libre-installation est cruciale à notre interdépendance et les débats magiques : des fausses chimères.

Les négationnistes ou l’absence de relief, de technique ou de sciences sinon politicienne : Boko Haram ! Le, finalement, grand déficit d’imagination, d’invention et de projection alors qu’il faut d’abord se donner une image pour pouvoir se chercher dans le regard d’autrui sinon nous ne sommes rien, au sein de ce Tout-Monde. Les négationnistes font du théâtre médiatique une dramaturgie infirme, forcément ténébreuse, une véhémence en faveur du morbide.

En vérité, si on ne peut être jeune et toujours dire Oui, on ne peut être jeune et structurellement sombre, collectivement énervé, génétiquement pessimiste : Non !

Dans toutes les solennités du monde, il faut une perspective joyeuse, une mobilisation (re)jouissive. La vie est une fête, savoureuse exaltation, un orgasme frêle qui impose de renouveler l’expérience : stoïcien ! Sans sens amusé, la mise en scène ne peut se faire entendre sous le prisme de la politique… politique. L’idéal, le cap, l’entrainement visionnaire auront longtemps encore besoin d’une utopie vivifiante, du rêve pour lequel nous mobilisons les lois d’attraction avec l’esprit connecté au collectif.  Au contraire de la néguentropie, l’entropie : hirsute, la dystopie : barbare. Non, le repli identitaire sur une authenticité nébuleuse, un purisme fantasmé, ne peut mobiliser durablement l’enthousiasme sans virer au dogmatisme et ses fatalismes, ce au détriment des soldats eux-mêmes d’abord. Joyeuse est la vie. Dans une joie immense sont ceux qui, libérés, éveillés,  révélés, marchent heureux poitrine bombée, tête haute, narine dilatée, gaillards, vers un azur, dans un idéal de prospérité partagée ou collective selon les rêves de FOKAM KAMMOGNE P., de REBRAB ISSAD., entre autres génies de la Terre.

Sus à la bobodioufisation. Haro sur toutes les formes d’idéologisation simplette, par l’institutionnalisation d’une négro-naïveté, métaphysique, Hors-du-Sens-du-Monde et au final tragiquement comique. Sus à la bobodioufisation de l’Afrique, de ma maison. Sus aux cris d’hyènes et aux ricanements méprisants. Positive Thinking ou négationniste ce n’est heureusement pas encore une guerre sinon de mots, ce n’est pas une joute qui via l’ad hominem parallélise l’idée et l’homme qui l’a émise, si celle-ci est indiscutablement illusoire ou stupide. Les idées n’ont pas de matière. Les hommes les dissocient, ce sont les femmes qui les marient. Elles s’accouplent parfois, d’elles-mêmes, et de leurs unions naissent de nouvelles complexités. Nous avons, enfants de la même Mère-Terre, les mêmes finalités, ce sont les objectifs, les approches, les modalités et des tonalités qui nous différencient : Nous séparent-ils ?

La pensée panafricaine “positive“ tel soleil après l’orage convie l’homme au rappel royal baoulé ou au souvenir d’Osiris, même quand Seth et Iblis s’unissent, demeure toujours la pensée d’Aset  et la ressource d’Hor : l’ESPÉRANCE ! Pour construire et valoriser cette Afrique chère aux deux camps, d’abord : du conflit des idées naitra la solution consensuelle, l’unanimité c’est la dictature ! Ensuite, deux voies s’ouvrent devant notre imagination féconde (selon le génie même d’ANTA DIOP) : la première est celle de l’économie interdépendante or elle impose le pouvoir politique qui nous fait défaut. La seconde, est culturelle or nous désirons ÊTRE UN PEUPLE. Racontons nous nos histoires (même torsadées LISAPOYAKAMA) en commençant par les enfants, échangeons sur nos architectures et modes (AFRIQUEDESIGNDAILY), musclons nos idées (ÉDITION TERROIRS), chacun des numéros de ce bulletin fait moins de 10 Mégaoctets et pourtant il est moins redistribué que des photos impudiques de morts sur nos routes ou les vidéos de bagarres de noires putes-gay. A la place des discours et des stériles combats entre nous-mêmes parce que nous ne sommes pas d’accord, vantons les extrants des savants d’Afrique, des inventeurs d’Afrique et des artistes d’Afrique et de la diaspora. J’ai ESPOIR que ceci nous aidera à mieux instruire nos enfants sans les séparations archaïques, néo/post-coloniales.

Point de rêves… quantiques… dans la haine blanche, l’autarcie jaune ou la vengeance rouge. Ce n’est pas un continent que nous avons à bâtir. Il se suffit et n’a besoin de rien de plus, même pas de Nous. Nous avons à construire ou au mieux à rénover une (ou des) civilisation(s) d’Afrique : rationnelle, frugale, plurielle, décomplexée, traditionnelle, humaniste, prairie d’opportunités, réaliste, hybridée, cosmopolite, inventive, enjouée, libérale, accueillante, solidaire, démocrate par les palabres, écologiste, enviée…

Brillante !

 

par DOUALLA YANN

 

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