État de droit 2.0

Après avoir « hacké »   l’économie, la politique et l’organisation sociale et communautaire seront-elles les nouveaux territoires de la libéralisation et de l’instauration de nouvelles pratiques plus populaires et plus collaboratives ? Si oui, que restera-t-il à l’élite bourgeoise qui gouverne depuis que les rois ne règnent plus ?

La “révolution“ tunisienne, révolution 2.0 a été pilotée depuis l’internet. Un peuple las de promesses qui exige de s’installer à la table de la décision collective. Délivrée, la parole libérée a appelé de nouveaux problèmes de coordination de l’activité politique et d’analyse en temps réel de l’opinion : Que veut le peuple ! L’esprit startup remplira le gap : transformer un problème en, d’une part, opportunité économique et, d’autre part, expression d’une démocratie naissante : digitale, agile, collaborative, pour plus d’État de droit. TIC 4 res publica ? Et dans votre pays : comment est-ce que ça avance !

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Noômen LAHIMER
Tunisie
Economiste  – Start-upper
Internet    : www.evey.live
Facebook : @eveytechnologies

LinkedIn   : @eveytechnologies

 

 

Bonjour Monsieur LAHIMER, qui êtes-vous Noômen ?

Je suis né à Béja, une ville du Nord-Ouest tunisien en 1979, de père ingénieur et de mère professeur d’arabe. Après avoir eu mon Bac, j’ai poursuivi mes études à l’IHEC de Carthage pour une maîtrise en commerce international. Ensuite, je suis parti en France pour faire un Master puis une thèse en économie du développement que j’ai soutenue en 2009. Je suis marié et j’ai deux enfants de 4 ans et demi. De religion musulmane, ma philosophe est la liberté !

Je crois fortement aux idées mondialistes, et aux valeurs de liberté ! Je suis pour la pensée critique vis-à-vis des normes et conventions qui souvent bloquent nos sociétés dans leurs quêtes de progrès ! Et c’est dans ce cadre que mon rêve rejoint ma passion et ma startup ! En effet, je rêve de vivre dans un monde où chacun puisse exprimer son opinion sans oppression, et sans préjugés ! Que chacun puisse participer à la construction de la décision quelle que soit sa position dans la société ! Et c’est le rêve que je poursuis dans ma startup Evey.

 

1* Que signifie EVEY et quel est le projet derrière cette initiative ?

Evey est née suite à la révolution Tunisienne. En effet, avant la révolution, on vivait dans un pays à opinion unique ! Après on a observé une explosion des opinions ce qui rendait toute prise de décision publique difficile et souvent source de conflit ! C’est dans cet environnement frustrant, qu’Evey est née pour être une plateforme d’opinion publique en temps réel. Le nom Evey vient de e-survey ou le sondage en ligne ! Le nom a beaucoup de symbolique : C’est l’éveil en français et c’est aussi le nom de la femme libérée de l’oppression dans le film V pour Vandetta. Autant de symboles qui sont importants dans notre vision !

Evey : « Civic startup » dont l’objectif est de permettre aux citoyens de participer aux décisions

 

2* Quelles sont vos prestations ?
Comment assurez-vous votre responsabilité citoyenne ?

Evey propose aujourd’hui deux types de plateformes. La première est publique, ouverte et gratuite (Sur Google Play et App Store) : elle permet à tous les utilisateurs de créer des votes selon leurs intérêts et de les partager dans leurs communautés. La deuxième est privée et personnalisable aux besoins des clients. Elle permet de faire des e-votes en internes dans les partis politiques, les associations, les municipalités ou les entreprises en toute sécurité et transparence. Elle permet aussi aux entreprises d’avoir du feedback client en temps réel. Enfin, nous travaillons aussi pour du feedback d’audience en temps réel pendant les conférences, les évènements.  Aussi Evey fournit un service de reporting et d’analyse des données des votes et des sondages (segmentation, profiling, ciblage…).

 

3* Jusqu’à quel point pensez-vous que la démocratie digitale est une solution pour la pensée politique en Afrique ?

Je pense que l’Afrique a une chance d’être pionnière sur la démocratie digitale. En effet, le développement du réseau internet en Afrique de façon très rapide facilite l’accès à “l’e-vote“. En parallèle, la longueur des distances et la mauvaise qualité des infrastructures compliquent la participation des citoyens. L’e-vote et la démocratie digitale peuvent, par conséquent, être des solutions indéniables pour la décision publique dans tous les pays africains.

 

4* Votre objectif s’inscrit-il dans le solutionnisme technologique tendance « Silicon Valley » ou dans une volonté d’inclusion numérique des citoyens et de la société civile ?

Je ne vois d’opposition entre les deux. En effet, Evey s’inscrit clairement comme étant une « Civic startup » dont l’objectif est de permettre aux citoyens de participer aux décisions de leurs communautés. Elle est par essence inclusive. En même temps, pour survivre, se développer et atteindre sa vision universelle, Evey se doit de générer des revenus et de croitre.

 

5* EVEY envisage-il aussi un hub ? Un fablab ? Une confrérie de makers ? Un club de learners ? Tout cela ou aucune de ces organisations ?

Evey est déjà passée par différent programmes internationaux de startups : Founder Institute Tunisia, Seedstars et Flat6Labs. Evey a été élue en 2016 meilleure « early stage startup » en Tunisie par Seedstars. Nous sommes bien sûr à la recherche de support, d’aide d’influenceurs qui peuvent nous aider à développer notre mission de démocratisation du vote en Tunisie, en Afrique et partout dans le monde !

Maintenant, il faut qu’Internet développe aussi son pouvoir constructif

 

6* Dans cette nouvelle économie de startups et de solutions innovantes, la légende veut que tout le monde soit capable de tout. Mais, ne faut-il pas être geek pour coder ou alors cette aptitude à coder est réellement à la portée du premier curieux-bosseur ?

Personnellement, je n’ai pas un profil technique ! Aucune connaissance en code ! Je ne suis pas particulièrement un geek ! Je suis un économiste : et l’économie c’est la science des choix ! Et le choix, c’est le cœur de notre plateforme !

C’est mon associé et directeur technique d’Evey, Maher HANAFI, qui apporte cette expertise à la startup. Je pense qu’il faut surtout une complémentarité entre d’un côté la connaissance du métier : dans notre cas la démocratie participative, l’e-vote, l’industrie du sondage et de l’autre côté le savoir technologique, ou comment trouver des solutions techniques à des problèmes métiers.

 

7* Que pensez-vous du modèle conceptuel derrière www.code.org et une telle façon de penser permettrait-elle à l’Afrique de rattraper son retard technico-technologique ?

L’alphabétisme de demain, ne sera pas de savoir lire et écrire mais il sera de savoir coder ! Donc, je crois et je supporte tout type d’initiative visant à développer les compétences de programmation, de logique et de code informatique ! Cela bien sûr restera insuffisant. L’esprit critique nous manque cruellement dans nos sociétés et c’est un apprentissage qu’il faut aussi développer.

 

8* Comment internet, selon votre expérience, a-t-il déjà aidé et peut-il de façon pragmatique servir au renforcement de la république et de l’état de droit ?

La révolution tunisienne a été qualifiée de révolution 2.0. C’est grâce à des réseaux comme Facebook ou Twitter que le peuple a pu changer le pouvoir (ou du moins y participer). Maintenant, il faut qu’Internet développe aussi son pouvoir constructif permettant au peuple de mettre ce qu’il a de mieux dans la construction de l’état de droit. Cela ne se fera pas de façon spontanée et il y aura certainement des dérives ! Mais la conscience par rapport à la capacité d’internet pour contribuer à la décision publique est en train d’augmenter de façon exponentielle, et c’est notre destinée !

 

9* Comment « l’esprit startup » peut-il réorganiser le management public, les services publics et/ou le rapport du citoyen à l’état ?

L’esprit startup ne reconnait pas l’impossible ! Le changement, l’innovation et la résilience font partie de son ADN. Ces valeurs sont complètement au contraire des valeurs des services publics, souvent caractérisées par la lenteur, la résistance au changement voire le clientélisme. Je pense que là aussi, les startups vont résoudre beaucoup de problèmes liés à l’administration, fermant les gaps là où ils se trouvent. L’administration publique se trouvera dans l’obligation de s’adapter, de mettre à jour ses procédés ou de devenir marginale (ou laisser place à l’informel).

 

10* Pouvez-vous nous donner 3 solutions comportementales pour être un CITOYEN plus « AGILE » au quotidien ?

Des solutions comportementales !

  • Être Résilient et ne pas se plaindre à n’importe quel dysfonctionnement, problème ou manquement. Savoir s’y adapter et trouver des solutions.
  • Être Proactif: En anticipant les défis, les besoins, les problèmes à venir et y proposer des solutions de façon constructive, collaborative et inclusive.
  • Être Ouvert: à développer son réseau et le réseau de sa commune afin d’augmenter les synergies et les collaborations entre différentes communes et, prendre exemple sur les meilleures pratiques.

 

Merci Monsieur. Un dernier mot ?

Bravo pour votre esprit d’initiative !

 

 

 

 

 

 

 

 

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