Nouvelle Naissance en vue

L’heure de la moisson s’approche. La renaissance « africaine », cette vie universitaire prolifique et féconde ressemble à un arbre (aux fruits suaves et mûrs) qui attend impatiemment que les ouvriers  affamés, affranchis viennent se servir.

Des ouvriers sont nombreux : dans l’underground des sociétés africaines où un militantisme postcolonial se greffe à une volonté politique ardente afin d’éveiller les consciences pacifiquement. La renaissance africaine comme le panafricanisme, on ne sait qui s’abreuve à l’autre, lasse et là, lascive si on veut oser, démontre derrière une apparente facilité d’accès, une autorité philosophique et doctrinale majeure. Où sont les ouvriers ?

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BOA Thiémélé  Ramsès
Côte d’ivoire
Philosophe – Chercheur 

 

Bonjour Monsieur BOA, qui êtes-vous ?

Bonjour Je m’appelle BOA Thiémélé L. Ramsès, dans l’ordre qui me paraît le plus conforme à ma culture. En Occident, on aurait dit Thiémélé L. Ramsès BOA. C’est dire que mon patronyme est BOA. Je suis enseignant-chercheur de philosophie, au département de Philosophie à l’Université Félix Houphouët-Boigny Abidjan Cocody, en Côte d’Ivoire. Marié et père de trois enfants. Mon rêve c’est de voir l’Afrique s’unifier et renaître à la puissance économique, militaire et sociale. Nourri à l’idéal panafricain, je pense que c’est la voie la meilleure, la plus difficile sans doute, pour affronter les défis du développement. Après des études initiales en Côte d’Ivoire, j’ai poursuivi mon cursus universitaire à Poitiers où j’ai soutenu mon doctorat 3e cycle en 1985, à l’université de ladite ville. Puis, aussitôt après, je suis rentré en Afrique. J’ai enseigné durant 2 années scolaires d’abord au lycée. Ensuite, et cela depuis 1987, je suis enseignant-chercheur de philosophie à l’université FHB à Abidjan, comme je le disais plus haut.

 

1* Qu’est-ce la renaissance africaine et pourquoi une africanisation d’une idée occidentale plutôt qu’un nom aux accents de “bantoustan“ ?

Je n’aime pas beaucoup l’expression, que je trouve méprisante et dévalorisante de « africanisation d’une idée occidentale » pour parler de la Renaissance africaine, comme s’il n’y avait qu’en Occident que ce sentiment légitime de revenir à la vie, cet idéal de reprise en main de son destin, a pu émerger. D’abord, l’idée de renaissance n’est pas qu’occidentale. C’est une constance de l’humanité. Par le passé, en Égypte antique même, donc en Afrique, plusieurs renaissances ont jalonné notre histoire. L’historicité de la renaissance nous la fait naître en différentes périodes en Égypte ancienne, aussi bien dans l’Ancien Empire (-2600 à -2100), que dans le Moyen Empire (-2000 à -1700) et le Nouvel Empire (-1500 à -1000). De grandes inventions comme le papyrus, les pyramides, les textes de sagesse, etc. y font leur apparition. Également les envahisseurs par exemple les Hittites, les Hyksos sont chassés après plusieurs années d’usurpation du pouvoir etc.

La Renaissance africaine induit une conscience de soi mobilisant la mémoire, la créativité et l’engagement volontaire à se surpasser

Certes, la renaissance la plus connue et la plus documentée est celle de l’Occident. Mais, il y en a eu en Chine, à partir du VIe siècle avant Jésus. Cette époque voit éclore des mouvements spirituels et philosophiques tels que le Confucianisme, le taoïsme. La Chine va sombrer dans le désordre et l’anarchie. Puis elle connaît une renaissance avec l’empire Han (200 avant Jésus – 200 après Jésus), renaissance qui voit l’épanouissement des arts, les inventions de grandes valeurs et l’élargissement des territoires. Puis des périodes sombres vont se succéder. Et vous savez que les JO qui ont été ouverts le vendredi 08/08/2008 ont été présentés par les dirigeants chinois de l’époque comme la célébration de la renaissance de la Chine contemporaine. C’est tellement bien pensé ainsi que, en mars 2013, le nouveau président chinois XI Jinping avait clôturé la session annuelle du parlement en invitant la nouvelle équipe rajeunie de la Chine à poursuivre la grande renaissance de la nation chinoise et du rêve chinois. Comment taire également la Renaissance japonaise qui fit entrer ce pays dans l’ère industrielle. Cette période comprise entre le XIXe et le XXe siècle voit le Japon basculer du système féodal au système industriel.

 

2* Quel est le contenu réel affecté à cette renaissance africaine (vu par les universitaires à destination des publics moins instruits) ?

La Renaissance, de manière générale signifie nouvelle naissance, renouvellement des énergies, retour à soi. Elle renvoie à l’idée d’un présent insatisfait de son déroulement et à la volonté de questionner ce présent problématique selon un projet de reprise en main de soi. Au moyen d’un commencement nouveau, la renaissance veut donc pousser la volonté à réveiller les énergies créatrices sommeillant en soi.

La Renaissance africaine induit alors une conscience de soi mobilisant la mémoire, la créativité et l’engagement volontaire à se surpasser. L’individu s’enlise dans l’insignifiance et la communauté se meurt lorsque rien de grand, ne leur est proposé. Cette renaissance fait sienne les principes directeurs de l’utopie en regardant l’existence commune comme une promesse de régénérescence. De ce monde de l’aliénation et de la soumission,  il faut s’extirper pour ne plus voir, ce que MVENG appelle, « le spectacle des peuples innombrables sortant de la colonisation, complètement nus et dépouillés de tout, ayant perdu, leur liberté, leurs biens matériels et spirituels, leur histoire et leurs institutions politiques et religieuses, et jusqu’à la conscience d’être des acteurs de leur propre destin. » Voir son livre interview avec B.L. LIPAWING, « Théologie, libération et cultures africaines. Dialogue sur l’anthropologie négro-africaine ».

 

3* La renaissance africaine entretient-elle un rapport direct avec les doctrines de type afrocentricité et kémitisme ? Qui en est à l’origine ? 

Un peu partout aux Antilles, aux USA, au Canada, dans des universités européennes et en Afrique même, des penseurs et philosophes puisent à la fois dans l’Égypte ancienne des éléments de réflexions et dans le présent les constituants d’une libération intégrale. Cette renaissance du passé de la grandeur africaine est visible dans les travaux des théoriciens de l’Afrocentricité et des idées de Kémitisme.

En effet, l’afrocentricité est le prolongement d’une école de pensée née dans le cercle universitaire de Temple, aux États-Unis, autour de la question de l’image africaine dans plusieurs champs du savoir. L’un des principes cardinaux de l’école de l’Afrocentricité consiste à considérer et à comprendre les Africains comme des agents, et non plus comme une périphérie de l’Europe. En tant que théorie opératoire élaborée et systématisée par Molefi Kete ASANTE, nous appuyant sur les dires de l’une de ses défenseurs, Ama MAZAMA, l’Afrocentricité refuse les bases anciennes de représentation de l’Africain en faisant la promotion « d’une approche intellectuelle fondée sur la centralité de l’expérience africaine. » Elle cherche, en tant que méthode et science, à changer notre rapport à nous-mêmes et à notre histoire. En appelant à une restauration du projet culturel africain dans son intégralité, l’afrocentricité veut mettre fin à cette aliénation qui fait que, comme l’écrit Ama MAZAMA, «  les intellectuels africains continuent à tenir un discours largement sous-tendu et alimenté par une idéologie de la soumission ». Vous retrouvez ces idées dans le livre d’Ama MAZAMA, l’impératif afrocentrique, Paris, Edition Menaibuc, 2003.

 

4* Quelle est la place d’ANTA DIOP dans la genèse de cette renaissance ?

On se souvient que, dans les années 1990, le thème de la Renaissance refait surface en Afrique du Sud, après le démantèlement de l’apartheid au point où THABO MBEKI, ancien président de la nouvelle République de l’Afrique du sud, le reprend. Beaucoup ont pensé sur le coup qu’il en était l’auteur. En fait, il emprunte cette idée à Cheikh ANTA DIOP, en en gardant d’ailleurs les aspects fondamentaux du panafricanisme, de la recherche de l’autonomie économique, scientifique, politique et même militaire.

En effet, Cheikh ANTA DIOP avait posé, en 1948, une pertinente question : « Quand pourra-t-on parler d’une renaissance africaine ? » Ce texte est paru sous forme d’article, dans la revue Le Musée vivant, N° spécial 36-37, en novembre 1948. Il sera repris dans son livre « Alerte sous les tropiques » Présence Africaine, 1990, sous le même titre. Ce texte insiste sur  la nécessité d’une culture fondée sur les langues africaines. Mais, de manière générale, pour C. A. DIOP, la condition d’une renaissance africaine est le retour à l’Égypte antique sous le modèle de la renaissance occidentale qui, par un retour et un recours à son passé, a su judicieusement réveiller une créativité jubilatoire endormie au Moyen-âge. Ce retour à soi synthétise les savoirs arabes et juifs eux-mêmes alimentés aux sources égypto-nubiennes.

Dans son ouvrage « Le consciencisme », Kwame NKRUMAH reprend cette idée de la renaissance africaine. Comme DIOP, il rappelle l’importance de l’Histoire dans ce vaste projet d’indépendance et de développement. Tous deux parlent d’industrialisation, de puissances économiques à acquérir, de réforme mentale à impulser. NKRUMAH prône une prise de conscience individuelle et collective fondée sur le socialisme. C. A. DIOP, se méfiait quant à lui, de ces idéologies qui éloignaient les Africains de leur pays et détournaient leurs pensées vers un internationalisme abstrait et une phraséologie théorique.

Enfin, n’oublions pas que le 3 avril 2010, fut inauguré à Dakar, au Sénégal, sous la présidence de M. Abdoulaye WADE, le Monument de la Renaissance africaine. Dans son discours inaugural, il avait précisé que l’érection de ce monument participe de l’exercice du devoir de mémoire et que cette œuvre est le symbole de l’Afrique renaissante.

 

5* Considérez-vous le travail et la pensée d’ANTA DIOP comme bien compris et bien enseignés populairement aujourd’hui ?

Cette pensée connaît de nos jours un incroyable succès. Évidemment, il y a des réticences dues pour la plupart du temps à sa méconnaissance. Les critiques de sa pensée sont plus émotionnels que scientifiques.

Notre département de philosophie a compris, depuis les années 90, qu’il fallait intégrer dans son curricula ses théories. Ainsi, à partir de 1995, des études africaines vont faire leur apparition dans les enseignements. Cheikh ANTA DIOP  est inscrit au programme dans la foulée. En 2003, moi-même je soutiens une thèse d’État qui met Nietzsche et Cheikh ANTA DIOP en perspectives, à travers la notion d’origine. Le 1er mémoire de maîtrise en philosophie sur Cheikh ANTA DIOP est soutenu en 1999. En octobre 2010, sous ma direction scientifique, M. Asseu MAFA a présenté et soutenu la première thèse de doctorat de philosophie sur Cheikh ANTA DIOP. Le sujet était : « LA PHILOSOPHIE DE L’HISTOIRE ET L’HERMENEUTIQUE DE LA RENAISSANCE AFRICAINE CHEZ CHEIKH ANTA DIOP ». La thèse, aborde une question qui, en ses différentes articulations porte le souci de la philosophie de l’histoire, de l’herméneutique et de la Renaissance africaine.

Après M. Asseu MAFA, M. Yao KOUADIO a présenté et soutenu également une thèse de doctorat sur le thème : « CHEIKH ANTA DIOP ET HEGEL : L’AFRIQUE COMME SUJET HISTORIQUE ». Sa thèse est que les écrits de Cheikh ANTA DIOP permettent de rendre compte d’une philosophie de l’histoire constitutive d’une rationalité propre basée sur une philosophie autocentrée. HEGEL et Cheikh ANTA DIOP empruntent un cheminement formel identique et une conceptualisation semblable qui les font aboutir à des idées formellement communes. Là où HEGEL expose sa théorie de l’Européocentricité, Cheikh ANTA DIOP propose l’Afrocentricité.

La Négritude permet de brandir cette couleur qu’on reproche aux Noirs et de dire qu’elle n’enlève rien à l’humanité du porteur

 

6* La négritude relève-elle aussi de cette renaissance… (africaine) ?

Un aspect de la Négritude oui. Tout le monde connait les misères que Senghor a faites à Cheikh ANTA DIOP durant sa carrière politique. On connait aussi l’admiration de Césaire pour les idées de Cheikh ANTA DIOP. Avec le temps, je sais que je vais choquer pas mal d’admirateurs de Cheikh ANTA DIOP, avec le temps, dis-je, je perçois cette jointure : la Négritude et les pensées de DIOP se rejoignent dans l’idée que la culture est la condition du développement. Mais surtout une certaine culture vécue sous le mode de la confiance en soi et de la certitude de contribuer à la création du monde. Sous ces angles, je peux trouver des territoires d’échanges et de communications. Pour mieux me faire comprendre, je vais rappeler les traits essentiels de la Négritude.

Pour la Négritude, là où l’individu est humilié, la société ne peut se développer car les énergies collectives se dissolvent dans l’inaction du pessimisme. Lorsque l’individu n’a pas le sentiment d’appartenir à l’humanité, il a du mal à se réaliser et à pousser sa société vers les cimes créatrices.

La Négritude permet de brandir cette couleur qu’on reproche aux Noirs et de dire qu’elle n’enlève rien à l’humanité du porteur. En somme, elle crée le choc d’une prise de conscience et la nécessité de prendre en charge le destin de son peuple pour affronter les préoccupations et les réalités présentes. Elle n’est nullement un retour au passé, un repli sur soi. C’est au contraire la réflexion sur soi-même pour tirer du passé toutes les forces encore endormies et bâtir un univers meilleur allant dans le sens de la modernité, du développement économique et social. Elle n’est pas non plus un rejet de la technologie au nom d’une fausse authenticité : elle exige la maîtrise des sciences et des technologies. L’idéologie de la négritude lance un appel au ressourcement, à l’enracinement dans les valeurs négro-africaines, et surtout un appel à la connaissance.

 

7* C’est quoi le Muntu ? Pourquoi est-il/elle en crise ? Et que se passera-t-il après la crise (d’ailleurs quand s’autorisera-t-on a penser que la crise est désormais derrière nous) ?

EBOUSSI BOULAGA qui fut mon professeur à Abidjan, dans les années 80, a popularisé le terme de Muntu. Le Muntu, dans la langue bantoue de l’Afrique centrale veut dire l’homme accompli ou l’humanité dans ce qu’elle a de positif. Cet homme essentiel doit s’affirmer contre tout ce qui conteste son humanité et la met en péril. Cela n’est possible que dans une évaluation critique des discours de dénigrement et d’infériorisation.

Il existe effectivement une crise de notre humanité, de notre rapport à notre histoire, à nos traditions, et à notre être-même. N’oublions pas tous ces discours de disqualification nourris à la fois de scientificité et de préjugés, prolongements de la négrophobie. Tous ces discours ou, pour parler comme Cheikh ANTA DIOP, justement dans le même texte de la renaissance africaine, toutes ces croyances sordides qu’on a méthodiquement infusées dans l’esprit de l’Africain, ont contribué à lui faire douter de son appartenance à l’espèce humaine.  Je dois certaines de mes analyses aux travaux de V-Y MUDIMBE, de William B. COHEN, de Stephen J. GOULD, etc. Traités tantôt d’attardés (par Albert Sarraut, ancien secrétaire d’État aux colonies en 1920, dans son livre Grandeur et servitude coloniales, réédité par L’Harmattan) tantôt de derniers des primates, nous avons vécu avec cette dépréciation de soi engendrant bien souvent la honte de soi.

Certains des nôtres, à l’esprit fragile, ont même fini par tenir pour vrai le schéma mental de perpétuation de la hiérarchie raciale et anthropologique héritée de l’ethnologie ou de la biologie. Ils ont pensé qu’être rien constituait leur réalité anthropologique.  Citons par exemple ce que disait le Dr HUNT, de la Société Anthropologique de Londres en sa séance du 1er décembre 1864, séance qui a discuté du travail portant « Sur la place du nègre dans la nature »: « 1° Il y a d’aussi bonnes raisons pour faire du nègre une espèce distincte de l’Européen, que pour faire de l’âne une espèce distincte du zèbre…   2° Les analogies sont plus nombreuses entre le nègre et le singe qu’entre l’Européen et le singe. 3° Le nègre est inférieur intellectuellement à l’Européen. 4° Le nègre est plus humanisé quand il se trouve dans sa subordination naturelle à l’Européen que dans toute autre circonstance. 5° Le nègre ne peut être humanisé et civilisé que par l’Européen. 6° La civilisation européenne n’est pas adaptée aux besoins et au caractère du nègre. » (Cf. DEFERT Sur la Revue anthropologique de Londres (suite). In: Bulletins de la Société d’Anthropologie de Paris, I° Série. Tome 5 fascicule 1, 1864. pp. 861-862. http://www.persee.fr.)

Pour EBOUSSI BOULAGA, la philosophie d’abord, ensuite les configurations du savoir, doivent fournir l’explication de ces discours d’infériorisation. Sans complaisance à l’égard de soi et de l’histoire. Évidemment, il ne s’agit pas de rester à un ressassement obsessionnel de sa propre humiliation. Il s’agit, au bout du compte, après avoir démantelé les artifices de la colonisation mentale, de dépasser les temps de la défaite, pour s’engager dans un puissant mouvement de libération tendu vers le futur. Cette tension vers la renaissance est vécue comme une utopie critique. La crise sera considérée comme dépassée quand le Muntu aura l’initiative historique. Quand sa subjectivité ne sera plus encombrée d’interprétations prêtées par autrui. Alors, il aura reconquis son identité et sa liberté dans une conscience de soi heureuse enracinée dans son appartenance à la communauté humaine.

 

8* Qu’entend-on promouvoir aujourd’hui ? A- où, quand et comment les intelligentsias et leaders se rencontrent et, b- quels projets mettent-ils en œuvre (dont résultats) ?

On entend promouvoir  les idéaux de la renaissance africaine. Des colloques sont organisés sur le continent, selon ces intentions de promotion.

Du 28 au 30 novembre 2011, le ministère de la Culture et de la Francophonie de la Côte d’Ivoire avait organisé un colloque ayant pour thème « La renaissance africaine et les leçons de la crise ivoirienne. » Le président du comité scientifique de ce colloque était d’ailleurs un philosophe, Prof. Yacouba KONATÉ, intéressé par la problématique de la Renaissance africaine.

Le département de Philosophie et le Bureau des Doctorants en Histoire de l’UFR Sciences de l’Homme et de la Société de l’université Félix Houphouët-Boigny, en association avec Afrocentricity  International division d’Abidjan et le Centre Kemetmaat d’Abidjan, avaient organisé en octobre 2013, sur le site de ladite université, un colloque international ayant pour thème : « Renaissance africaine et Afrocentricité »

« Les « héros » de la renaissance africaine sont aussi des collectivités. Ils ne sont pas que des individualités. »

Ce colloque fondamentalement interdisciplinaire a regroupé historiens, linguistes, mathématiciens, philosophes, sociologues, spécialistes de civilisations ou savants, chercheurs-libres, hommes de culture et de médias.

Les participants au colloque ont rappelé ces moments glorieux et méconnus de l’Afrique, moments dont l’oubli crée désespérance. Ils ont aussi rappelé ces moments douloureux de la traite des Noirs et de l’esclavage afin que pareils crimes contre l’humanité ne se répètent plus jamais. Enfin, ils ont parlé de l’effort presque surhumain que des frères et sœurs de la diaspora déploient pour perpétuer l’héritage ancestral de l’Afrique à travers la notion d’Afrocentricité.

L’objectif principal de ce colloque était de réfléchir aux méthodes et moyens de faire de la Renaissance africaine et de l’Afrocentricité le fondement d’une articulation nouvelle de nos cultures et de nos espérances.

Au terme de ces travaux de réflexion, le colloque a obtenu plusieurs résultats dont :

  • Une prise de conscience d’une politique éducative de formation centrée sur soi mais ouverte sur le monde pour l’épanouissement individuel et collectif ;
  • L’appropriation de la science, de la technique, de la technologie, des outils modernes de savoir. Tout cela est capital pour avoir un peuple éclairé par la connaissance et ayant confiance en ses capacités de création ;
  • Pour la Renaissance africaine, il est stratégiquement nécessaire de protéger les ressources minières, le patrimoine matériel et immatériel contre les prédateurs de tout acabit.

Ensuite, je peux mentionner, un colloque qui vient de se dérouler à Abidjan. Encore le département de Philosophie, de l’UFR Sciences de l’Homme et de la Société de l’université Félix Houphouët-Boigny, et l’ONG REINES de FEMMES, en association avec Afrocentricity International division d’Abidjan et le Centre Kemetmaat d’Abidjan, qui ont organisé en  mai 2017, sur le site de ladite université, un colloque international ayant pour thème : « Renaissance panafricaine et Sankofa »

Il apparaît, à l’issue des travaux de réflexions que la Renaissance Panafricaine ne saurait se faire sans un travail préalable de déconstruction conceptuelle soutenu par une élaboration des théories endogènes. Les communications, la richesse des débats ont permis d’atteindre l’objectif principal du colloque qui était de rechercher dans notre savoir ancestral, les « armes miraculeuses » d’une Renaissance panafricaine juste et vraie, qui unisse Afrique et Diaspora africaine dans un même projet de civilisation panafricaine

Elles ont également permis d’atteindre des objectifs secondaires qui étaient, entre autres de :

  • Réfléchir aux modalités d’une coopération efficace des Africains du Continent-Mère avec ceux de la Diaspora, afin d’y puiser l’énergie indispensable à la reprise en main véritable de leur destin collectif ;
  • Remettre les institutions et pratiques sapientales ancestrales au cœur des préoccupations épistémologiques contemporaines de l’intelligentsia panafricaine ;
  • Ancrer les stratégies politico-économiques et culturelles de renaissance panafricaine dans les valeurs de civilisation ancestrales, telles que Lasotè, Sousou, Sankofa, Umoja, Ubuntu, Maa-ya.

 

9* Qui sont les héros “philosophiques“ de la renaissance africaine aujourd’hui et ses idéologues ? Quels sont leurs idées, apports à la science et faits d’arme valeureux mais finalement négligés ?

Aujourd’hui les échos de la pensée de C. A. DIOP et de la renaissance africaine se font entendre dans la philosophie de l’Afrocentricité de Molefi Kete ASANTE, Ama MAZAMA ; dans les travaux de Théophile OBENGA, Engelbert MVENG, de KÄ Mana, de Jean-Marc ELA, de Grégoire BIYOGO, de Felwine SARR, de Yoporeka SOMET, Yacouba KONATÉ, de KLAH POPO, de DOBAT-CHAULEAU, etc., dans le domaine de la francophonie. (J’ignore les travaux du domaine anglophone et même lusophone. Mais je sais que de nombreuses activités y sont menées.) Je me situe modestement dans cette filiation intellectuelle. Nos travaux donnent des contenus divers aux intuitions initiales des affirmations de Cheikh ANTA DIOP. D’ailleurs l’élection de Barack OBAMA n’est pas étrangère à cet écho. Souvenons-nous de son voyage en Égypte et au Ghana.

Les « héros » de la renaissance africaine sont aussi des collectivités. Ils ne sont pas que des individualités. Je puis citer par exemple les nombreux colloques, figures héroïques, qui sont organisés partout en Afrique sur la thématique de la renaissance africaine.

 

10* Enjeux et perspectives de l’unité africaine, préalable a la renaissance : que prévoir et a quoi serviraient-ils, ces préalables ?

Je voudrais simplement reprendre des idées du NEPAD à propos de la renaissance africaine. Dans le cadre du NEPAD (Nouveau Partenariat pour le Développement de l’Afrique), la réussite du Projet de Renaissance Africaine dépend de l’avènement d’une économie forte et compétitive (cf. NEPAD, octobre 2001, p. 13, L’appel aux peuples africains, point 50). Cheikh ANTA DIOP avait mentionné dans son article sur la renaissance africaine, l’adoption d’un rationalisme laïc qui nous permet d’envisager les choses en dehors des catégories religieuses.

 

11* Dans le concert des civilisations au sein de la mondialisation, ou (selon vous) serait l’Afrique d’aujourd’hui si elle n’avait été la victime de la colonisation ?

Avant la colonisation, il y a eu les moments de débandage généralisé des razzias négrières. Elles ont déstructuré nos sociétés. Cela a duré plusieurs siècles et a occasionné des millions de morts, les plus valides. La colonisation a été la continuité, in situ des politiques et pratiques des razzias. Où en serions-nous aujourd’hui ? Difficile de répondre à cette question. L’histoire n’est pas une science exacte. Sûrement nous n’en serions pas à la situation actuelle de pays sous-développés, occupés par des puissances militaires et financières étrangères. 

 

Merci Monsieur BOA, nous sommes arrivés à la fin de cet exercice, avez-vous un dernier mot ?

D’abord merci de m’associer à ce projet, nous devrions avoir plus d’intervieweurs comme vous pour instruire large. En suite et fin, je vous souhaite une excellente continuation. Continuez de faire vivre l’Afrique des idées

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