Conseiller en prise de décision

Parent pauvre des systèmes éducatifs d’Afrique, le conseiller d’orientation est pourtant un éducateur, un coach, un motivateur et par excellence, le psychologue des apprenants. Sa fonction n’est autre que celle de permettre à ces derniers mais aussi aux adultes de : clarifier leurs choix, décider de leur carrière future ou réorientation, s’assumer comme citoyen socialement utile. Honni, méprisé ou mis au ban, le conseiller d’orientation désespère et pourtant ! Ô combien est-il important !

Observateur de la société d’hier, analyste de celle d’aujourd’hui par son “avenir“, il est l’éducateur qui a les yeux rivés, contrairement aux autres, d’abord sur le développement des compétences de demain : savoir-faire, savoir-être, savoir faire-faire… Soi et la Société. Tout en dénonçant les dérives d’un système qui fait l’économie des dépenses qu’il a engagées et se prive ainsi des bénéfices qu’il est en droit d’attendre, Joseph BOMDA, Conseiller d’orientation et Psychologue ne manque pas de faire des propositions conatives pour chacun et pour nous tous.

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Joseph BOMDA
Cameroun
  Enseignant – COP – Essayiste  

  1. Qui êtes-vous Monsieur BOMDA ?

Je me nomme   Joseph BOMDA, camerounais âgé  de 40 ans. Après une licence en psychologie (à l’Université de Yaoundé-I, Cameroun), en 2000, j’ai obtenu dans la même institution une maîtrise en psychologie sociale en 2002, date à laquelle j’entre à l’École Normale Supérieure de Yaoundé-I pour une formation en orientation-conseil scolaire, universitaire et professionnelle, parallèlement à mes études de Diplôme d’Études Approfondies (DEA) en psychologie sociale. Cinq ans plus tard, j’ai bénéficié d’une Convention de cotutelle entre les Universités de Liège (Belgique) et de Yaoundé-I qui m’a permis de réaliser ma thèse et d’être diplômé, en 2013, respectivement en sciences psychologiques et de l’éducation, d’une part, et d’autre part, en psychologie sociale. En 2012, j’obtenais au Centre de Recherche   sur l’Instrumentation, la Formation et l’Apprentissage (CRIFA) de l’Université de Liège, un Certificat universitaire en intégration pédagogique des Technologies de l’Information et de la Communication (TIC) dans le champ de l’orientation- conseil.

Je suis par ailleurs enseignant associé à l’École Normale Supérieure de Yaoundé-I, à l’Université Catholique de Bertoua et à Institut Universitaire de Développement International (IUDI) de Mokolo (par Maroua).

A ce jour, je totalise plusieurs publications : 19 études (sur les questions d’éducation, d’élaboration des curricula, d’organisation des fora sur l’éducation, etc..) réalisées ; 14 expériences en écriture, production des rapports et communications scientifiques et 4 livres sur la question d’orientation scolaire au Cameroun et en Afrique subsaharienne.

En dehors de ça, je suis très traditionnaliste. J’aime  la lecture et les débats intellectuels sur les questions de développement de l’Afrique.

Quels sont vos champs privilégiés de recherche en science et pourquoi ?

J’ai une double formation : une en sciences psychologiques et de l’éducation (option orientation-conseil scolaire, universitaire et professionnelle) et l’autre en psychologie sociale. Eu égard à ces deux domaines d’expertise, mes champs privilégiés de recherche portent sur les processus d’orientation scolaire subie ou suivie et leurs conséquences sur l’épanouissement de soi et de sa collectivité d’une part et d’autre part, sur l’analyse de la dissonance cognitive issue d’un choix aux résultats peu ou non productifs en regard des attentes espérées au départ.

2. S’il fallait démontrer l’importance impérieuse de votre métier de COP (conseiller d’orientation-psychologue) à l’aune de concepts managériaux comme la Vision ou la planification stratégique, quel argumentaire mobiliseriez-vous face à un profane ?

D’emblée, j’utiliserai l’image d’une boutique qu’on achalande à coup de centaines voire de milliers ou de millions de francs et parfois sur des crédits avec en perspective d’engranger des bénéfices. Parce que l’école fait dépenser aux familles, les bénéfices doivent être palpables  (et non discourus à l’aune  des théories). À son issue, le bénéficiaire  doit pouvoir s’épanouir tout en réalisant un travail socialement rentable. Incidemment, autant le boutiquier prend conseil, s’appuie sur la prospective et la planification pour réaliser ses investissements et garantir ses bénéficies, autant les parents et les familles devraient consulter et se faire orienter pour assurer la productivité des dépenses scolaires réalisées. Faute de l’avoir fait, de nombreuses familles vivent dans le regret des dépenses éducatives infructueuses et sont obligées de continuer  à  prendre  en  charge  de  grands enfants, « longs crayons », qui ont pourtant polarisé l’essentiel de leurs dépenses de ménage.

Ceci dit, observons que faute d’information et d’orientation, de nombreux diplômés et déperdus scolaires sont dans l’impasse. Incapables de se prendre en charge et encore moins d’être matériellement utiles à leur famille et à la société : l’oisiveté, le sous-emploi et la précarité… leur font vivre un mal-être permanent et surtout  un sentiment de déclassement social. Désemparés, les parents en souffrent tout autant et certains se font prendre au piège des vendeurs d’illusion. Pourtant, l’information et l’orientation scolaires, universitaires et professionnelles auraient limité ces errements, les regrets et les remords dus à des choix scolaires par stéréotypie professionnelle, par suivisme des pairs, par injonction parentale ou de suite des décisions non avisées des conseils de classe.

Enfin, c’est faute d’information et d’orientation scolaires, universitaires et professionnelles que moins de 10% de jeunes qui accèdent au Supérieur au Cameroun s’inscrivent dans des  filières techniques et professionnelles. Pourtant, contrairement à l’enseignement secondaire général, l’enseignement technique industriel au Cameroun, par exemple, compte à lui seul pas moins de 35  types de baccalauréat qui donnent à ses détenteurs l’opportunité de voler de leurs propres ailes. Mais combien de personnes sont au courant ? Très peu ! De nombreux élèves, et partant leurs familles, sont pris au piège des séries A (littérature-philosophie) et C (mathématiques) et croient dur comme fer que c’est le chemin royal pour devenir fonctionnaire, haut commis de l’État ou « cultivateur aux souliers vernis » pour parler comme Jean Marc ELA. Or, la réalité c’est que la fonction publique recrute moins de 5% d’actifs au Cameroun. Idem pour le privé formel. En conséquence, il n’est pas étonnant que 90% d’actifs au Cameroun se retrouvent dans l’informel alors même que le pays est un grand chantier qui importe de l’expertise étrangère à grands coûts

3. Peut-il y avoir plein exercice de la mission de COP sans vision de prospective ? Pourquoi ?

Non ! Non et Non ! L’action du conseiller d’orientation est l’aboutissement d’un processus de prospective et de planification (scolaires, universitaires et professionnelles) en termes de priorités nationales quant au développement des ressources humaines indiquées pour l’essor national. Mieux, pour être utiles, les missions du conseiller d’orientation s’inscrivent dans la suite d’une définition préalable des compétences humaines à développer, afin d’asseoir les ingrédients de l’épanouissement personnel et de la réalisation d’un travail socialement rentable. Il est donc capital pour le conseiller d’orientation de savoir les métiers d’avenir, les métiers présents et les métiers en saturation de ressources humaines pour pouvoir mieux communiquer et intéresser ses cibles pour les filières d’études porteuses d’emplois. Au Cameroun, pays-système que je connais le mieux, l’Observatoire National des Emplois et de la Formation Professionnelle (ONEFOP) devrait remplir cette mission. Les sous-directions de l’orientation des ministères des enseignements secondaires (MINESEC), de l’enseignement supérieur (MINESUP) et de l’emploi et de la formation professionnelle (MINEFOP) aussi. Mais hélas ! En l’absence d’une structure de coordination entre ces différentes sous- structures, la lourdeur administrative et le caractère budgétivore interpellent principalement.

4. L’exercice de votre métier entraine (donc) focalisation primordiale sur quel temps : le passé, le présent ou le futur !

Oui ! Le conseiller d’orientation est dans les trois temps. Sa fonction lui impose de s’appuyer sur les informations du passé, du présent et du futur pour donner et mettre sur pied des stratégies d’accompagnement, individualisées ou de groupe, qui facilitent l’employabilité et assoient l’épanouissement individuel, tout en multipliant des occasions de réalisation d’un métier socialement utile.

5.  Le COP est-il une espèce de clairvoyant- créateur de potentialités futures ou un (+/- excellent) diseur de bonne aventure ?

Le percevoir ainsi pourrait créer de la suffisance et faire attraper à certains parmi nous « la grosse tête » ou s’imaginer trop importants. Le conseiller d’orientation fait un travail social en partenariat  avec les acteurs du monde éducatif. Incidemment, il est dans la posture d’un veilleur et d’un éveilleur de conscience qui aide son client (celle/celui qui le sollicite) à se connaître, à connaître les milieux de formation et d’emploi et enfin, à gérer les transitions entre les passages de la maison à l’école, d’un cycle de l’école à un autre, de l’école à l’emploi ou d’un emploi à un autre.

6. Que la doxa pense-t-elle à propos de votre métier que vous souhaitez corriger ?

Dans une récente publication, je répondais à une critique récurrente : celle de savoir si le conseiller d’orientation au Cameroun est un luxe ou une sinécure (L’harmattan, 2016). En effet, face au saupoudrage en matière d’orientation scolaire, des questions se posent : si la chose est importante pourquoi tout le monde n’en bénéficie pas ? Sur quels critères certains établissements ont des conseillers d’orientation et d’autres pas ? Face au déficit d’enseignants pourquoi ne pas convertir les conseillers d’orientation affectés dans les lycées et collèges en enseignants d’autant plus que la pédagogie est le centre de toutes  les  préoccupations ?

À celles et ceux qui se posent ces questions, je voudrai rappeler que l’information et l’orientation scolaires, universitaires et professionnelles sont des droits… qu’il convient de démocratiser. Tous les enfants devraient en bénéficier. Il importe donc de sortir les conseillers  d’orientation  des établissements scolaires et de les placer dans des Centres d’information et d’orientation où ils seront à disposition de tous et non de certains.

7. La mission d’un COP relève-elle d’une forme de péripatétisme ou alors de magister pastoral ? A quoi ressemble une consultation-type d’un COP (optique Orientation académique) ? Quels sont les nœuds à résoudre (avec quels outils/techniques) ?

Le Conseiller d’orientation fait un travail social d’aide à la prise de décision. De fait, il y a des préalables communs et connus ; notamment : accueillir le  client, le mettre en confiance, l’écouter, l’aider à comprendre et à se décider, l’accompagner dans l’appropriation de la décision prise et des conséquences qui en découleraient. Le Conseiller d’orientation ne décide pas à la place de celui qui le consulte, plutôt il l’aide à comprendre son problème et à trouver par lui-même une solution qu’il assumera. Pour rendre intelligible le problème à lui posé, le conseiller d’orientation fait généralement usage des entretiens de conseils et d’aide, et accessoirement des tests psychotechniques et de personnalité. Son questionnement peut être directif, ou au moins semi-directif, et/ou non-directif.

Dans le premier cas de figure, le conseiller se comporte en médecin ou en policier (approche souvent déconseillée). Les questions fermées ou semi-ouvertes qu’il pose lui permettent d’établir un diagnostic et procéder à une interprétation. Par contre, dans le second cas de figure, il utilise le questionnement non-directif pour aider le client- consultant dans sa construction-de-soi. Ce faisant, il fait appel à l’empathie et à la neutralité bienveillante pour se positionner en « miroir » pour son client et lui offrir de se voir tel qu’il est (lui-même, et non le CO) dans son monde (celui du client et non du CO). Bref, le conseiller d’orientation « tient conseil » au moyen d’une relation dialogique et des « relances » non directives.

Ces entretiens, en fonction des problèmes posés, peuvent être centrés sur l’existence du client, donc sur lui et ses difficultés, ou sur ses choix d’études et de carrière. Dans les entretiens existentiels, il est question d’amener le client à répondre par lui-même aux questions suivantes :

  • Qui suis-je vraiment et que voudrais-je être ?
  • Comment être celle/celui que je voudrais être ?
  • Comment faire  face  à  mes  troubles  et me « sentir mieux dans ma peau ».

Par contre, dans les entretiens vocationnels et de choix de carrière, le conseiller d’orientation aide son client à trouver les voies qui lui conviennent le mieux (c’est-à-dire qui lui permettront le mieux d’être ou de devenir celui/celle qu’il/elle veut être ou devenir.

Si les entretiens ne suffisent pas, le conseiller d’orientation fait appel à des tests psychotechniques, à des entretiens et recherches parallèles (amis, familles, …) ou à l’observation.

Dans la suite de cet exercice, nous allons vous demander de préciser une réponse technique et compréhensible du rapport qu’un COP entretient avec quelques sujets d’importance sociale.

 8. COP : Anti ou post-colonialisme !? 

Aucun des deux. Certes la pratique de l’orientation scolaire, universitaire et professionnelle est arrivée chez nous dans les valises du colon. Mais c’est davantage l’industrialisation et l’informatisation des moyens de production et de distribution des biens et services qui lui donnent sens. En effet, si dans les sociétés artisanales le métier se transmettait de père en fils, l’industrialisation et les TIC obligent à rechercher l’adéquation entre l’employé et un poste de travail particulier. Plus encore, avec  l’instabilité du marché de l’emploi, il convient de réfléchir sur la gestion des transitions pour mieux accompagner les chercheurs d’emploi ou ceux qui se reconvertissent. Et c’est là que l’orientation a tout son sens.

9. Contribution du COP à l’extraction du présent perpétuel

Le présent n’est qu’un des trois moments auquel fait recours le conseiller d’orientation. Le passé et le futur ne sont pas moins importants. Du coup, le présent n’est qu’un prétexte, une hypothèse qui ouvre sur des pistes de recherche et favorise l’intelligibilité du problème posé. L’anamnèse s’appuie bien sur le passé tandis que l’analyse des aspirations interpelle le futur de l’individu !

10. Observation du COP de la réponse de l’éducation vis-à-vis de l’économie réelle !!

L’inadéquation formation-emploi amène à douter de l’efficacité éducationnelle. En effet, dans tout pays sérieux qui se soucie de l’avenir et espère s’appuyer sur ses ressources humaines pour se développer, les filières d’études sont créées en réponse aux besoins exprimés lors des échanges qui doivent s’établir entre les acteurs économiques (entreprises de biens et de services de type public, associatif ou privé), sociaux (employeurs et syndicats), politiques (institutionnels et budgétaires) et professionnels (associations professionnelles et lieux de formation des formateurs).

Mais que constate-t-on ? L’éducation est  devenue un bien marchand qui s’appuie sur la publicité (parfois) mensongère. Cela au vu et au su des décideurs. Au Cameroun (par exemple), n’est-on pas passé de 18 Institutions Privées de l’Enseignement Supérieur (IPES) en 2006 à 185 en septembre 2015 ? Dans les universités d’État n’assiste-t-on pas à une croissance exponentielle des filières et des masters supposés professionnalisants et professionnels ! Que de mots et rien que des mots ! La vérité c’est que les référentiels de formation sont presqu’absents. Il en est de même des Rapports d’Analyse de la Situation de Travail des postes d’emploi pour lesquels cette foultitude de filières et d’écoles est censée donner accès.

11. Un COP observe la responsabilité sociétale individuelle

A titre personnel, je suis pour la responsabilité individuelle. Ce sont les individus qui forment la société qui lui donnent sens au travers leurs actions. De fait, si je m’en tiens à la “Théorie du sentiment d’efficacité personnelle“, j’attends de voir chacun penser ainsi : « je crois en moi parce que c’est    dans mon intérêt ». Ce faisant, plus les individus seront nombreux à avoir une telle vision de la vie, plus on limitera le (très camerounais) « on  va  faire  comment » qui plombe l’ambition et limite  l’initiative privée. La société n’est pas de mon point de vue responsable. Ce sont les femmes et les hommes qui la constituent qui sont responsables. S’ils le veulent et le désirent, la société changera dans le sens de leurs désirs.

12. Un COP face au Business spirit 

Je vous ai dit plus haut que j’étais pour une vision économique, et non exclusivement sociale, de  l’école et de l’éducation. Ceci dit, je dois regretter que le business spirit ait autant manqué dans nos programmes scolaires. Certes des  balbutiements sont en cours dans nos universités. Mais ce n’est pas suffisant encore. Notre école continue malheureusement de former au rêve, à la contemplation, à l’attente d’un poste de travail. Or, l’esprit d’entreprise est ce qu’il faut pour faire de chacun de nos enfants le co-architecte de notre développement. Plus encore, c’est le business spirit qui promeut l’initiative privée et développe une nation. Jamais le fonctionnariat qui attire tant n’a jamais développé un pays.

13. Avec le temps, l’expérience s’accumulant, des épreuves que vous avez dues traverser tant dans les études que du fait du regard d’autrui. Diriez-vous que c’est essentiellement de la programmation éducative que dépendent tous ces concepts-valises de libération mentale, émergence économique, etc. ? A quel niveau d’importance placez-vous votre action (de COP) et surtout sur quelle autre action lui donneriez-vous priorité sachant que ce n’est pas le cas dans les systèmes éducatifs du continent ?

Sans programmation, les balbutiements et les errements font perdre du temps et des moyens    qui auraient pu servir judicieusement. C’est pour cela qu’en l’absence d’une prospective et d’une planification exemptes de l’astigmatisme intellectuel des meneurs : trop de slogans creux et flous ont ponctué plus d’un demi-siècle de tropicalisation de l’école en Afrique, la stagnation prospère. On peut incidemment tous faire le constat d’une école au service de l’économie informelle. L’amélioration du niveau et du nombre de lettrés et de diplômés est évidente sans que l’incidence sur le recul de la pauvreté, tant subjective, matérielle que de conditions de vie, ne soit palpable. Il y a là un paradoxe qui interpelle le conseiller d’orientation que je suis.

À cet effet, parce que l’Afrique a failli dans la définition du profil d’homme indiqué pour la développer, il lui faut changer de paradigme et opter pour la démocratisation non pas seulement du droit à l’éducation mais aussi celle du droit à l’information et à l’orientation scolaires, universitaires et professionnelles, POUR TOUS. Mieux vaut savoir où l’on va et s’engager en connaissance de cause que d’emprunter une voie dont l’issue est ignorée d’avance et conduira fatalement aux regrets.

C’est donc faute d’information et d’orientation que  la jeunesse africaine, fer de lance du développement de nos nations, est autant assise, pour beaucoup, dans la mentalité d’assisté en attente du salaire de celle/celui qui les emploiera. Pourtant s’ils avaient  eu connaissance des possibilités existantes leurs choix auraient été diversifiés pour le grand bonheur d’initiatives privées.

14. Disons que vous êtes en support aux seconds: que répondre aux grands frères qui recommandent à leurs cadets de prioritairement se rendre utiles économiquement EN choisissant des filières dont les postes, sur le marché, sont les plus ouverts ?

Je partage le conseil. Je suis pour une vision économique de l’éducation. Autant que la boutique qu’on achalande doit générer des bénéfices, autant l’éducation qui fait dépenser doit rapporter, matériellement et financièrement parlant. C’est un jeu de dupes que de faire croire qu’il suffit d’aller à l’école pour être individuellement épanoui et être socialement rentable. Le choix des filières économiquement rentables est une option que j’encourage.

15. Posons le postulat que l’instruction moderne doit permettre un viol du consensus social, une autonomisation mentale et l’individualisation… Serait-il vrai de conclure que l’éducation sert (peu importe le sujet d’observation) à « SE CHOISIR » ? Dans cette action de choix-de- soi-pour-soi, à quoi sert-il à l’homme de rechercher et de domestiquer des humanités classiques et modernes ? Ces humanités… en a-t-on de  « nature africaine » spécifiquement ?

Déjà permettez-moi de vous dire que je ne suis pas d’avis avec les postulats de l’autonomisation mentale, l’individualisation et du choix-de-soi-pour- soi que permettrait l’instruction moderne. Celle – ci, en l’état actuel des choses est malheureusement au service de la culture de la dépendance du fait de son extranéité et du peu de sa concentration sur le business spirit. Avec moins de 10% de techniciens et de professionnels par cohorte qui peut prétendre disposer d’une compétence (pré) opérationnelle, l’instruction moderne viole plutôt le consensus social sur l’obligation de chaque enfant à participer à la production familiale et au développement de sa cité. Englués dans l’attentisme d’un poste à la fonction publique ou chez un potentiel employeur dans le privé, les produits de l’instruction moderne à l’africaine sont de gros et grands adultes enfants  qui rappellent aux parents désemparés l’inefficience des dépenses réalisées pour leur éducation. En fait comment être soi et s’assumer quand on est dépendant ? Pour s’épanouir il faut pouvoir s’assumer et assumer ses charges sociales. N’allez pas me dire qu’avec un seuil de sous-emploi de l’ordre de 75% et majoritairement des jeunes englués à 90% dans l’informel après de nombreuses années d’études, l’instruction moderne séduit encore. Remarquez que de plus en plus de parents préfèrent placer leurs enfants en apprentissage à l’issue du premier et du second cycle du secondaire !

16. Quels renseignements retenez-vous au vu des misères dont souffre votre métier à propos de l’exploration de la psyché individuelle et collective en Afrique ?

Le problème de l’orientation au Cameroun, comme partout     ailleurs     en     Afrique, est triple : incompréhension des finalités de cette fonction, rapports difficiles avec les partenaires (parents, collègues enseignants, élèves et chefs d’établissement) et enfin, rapports difficiles entre la demande et l’offre. La privatisation de  ce service  doit être envisagée et promue. Pour l’heure, les efforts n’ont produit que du saupoudrage qui convainc de sa justesse au sein d’un public désintéressé.

Par ailleurs, il urge de réviser les procédures de recrutement, de formation et de déploiement des conseillers d’orientation, au Cameroun notamment. D’abord cette filière de formation est truffée de chercheurs de matricules (à la fonction publique), sans   background,   les  enseignements   y   sont trop théoriques et parfois détachés des réalités du terrain. Ensuite, à l’issue de leur formation seuls quelques établissements du public et pas tous, du moins au Cameroun, sont pourvus en COP, sans qu’on ne sache pourquoi. Enfin, il y a là un viol flagrant des droits à l’information et à l’orientation – conseil.

 

Nous nous quittons Monsieur BOMDA, avez-vous une appréciation ou dernier mot à ajouter ou… une critique ?

La seule chose, et ce sera un rappel, l’orientation – conseil est un droit qu’il convient de démocratiser pour limiter les dépenses scolaires infructueuses.

L’école doit être matériellement et financièrement rentable pour ses produits afin de leur permettre de s’épanouir et d’être socialement rentables. L’orientation – conseil répond par essence à cette fin.

Enfin,   si   je   puis   me   permettre,   j’encourage  les économistes  à  analyser  le  lien  entre   l’orientation scolaire et l’appauvrissement des ménages ; et les neurologues et psychologues à questionner le rapport entre les AVC et la difficile insertion socioprofessionnelle des enfants qui ont pourtant polarisé l’essentiel les dépenses familiales quant à leur éducation.

 

Merci pour le temps consacré à cet ouvrage ! 

C’est moi qui vous remercie de tenter de mettre en lumière les problèmes de notre métier et les solutions envisageables.

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